DEUX CONCEPTIONS MYTHIQUES

 

 

L'idéologie d'une société est une création collective : il y a toujours une relation entre le mode de vie, la structure sociale et les représentations du monde; mais cette relation n'est pas linéaire : ce n'est jamais une succession de causes et d'effets : elle est au contraire extrêmement complexe, toujours décalée dans le temps; elle résulte non seulement des interactions entre les modalités caractérisant le mode de vie et la structure sociale d'une société, mais aussi des événements qui surviennent dans son histoire : changements climatiques, catastrophes naturelles, relations avec d'autres sociétés. Tout ce qui lui arrive est interprété dans le cadre de son système idéologique et la conduit souvent à modifier ce système.

Deux ensembles cohérents de représentations ont été élaborés par la pensée grecque :

"Il existe, à l'intérieur même de la culture grecque, une coupure dont la radicalité a toujours frappé les interprètes. Celle qui sépare la religion des Grecs en deux ensembles, céleste et chthonien.

Il y a un véritable fossé entre l'univers humain que patronne Zeus et son « état-major » de dieux personnalisés et spécialisés, et cet autre, que patronne Gaia et son cortège de divinités collectives, anonymes et polyvalentes : les Erinyes, les Heures, les Grâces, les Nymphes, les Titans, les Géants, etc. D'un côté, les valeurs contractuelles, puis politiques. De l'autre, les valeurs vitales et la double finalité qui oriente tout le système : la reproduction et la nutrition de tout ce qui vit. Un certain type de filiation, un certain système d'alimentation s'y rattachent, mais qui ne définissent pas des pratiques spécifiquement humaines, permettant de délimiter l'espace et le statut des hommes. Unis dans le même sort, les humains, les animaux, les végétaux, se trouvent également unis dans leur identité d'« enfants de la terre ». De Terre, plutôt, l'unique et gigantesque sujet qui domine le système. Terre « conçoit » toute seule, puis elle « enfante » tout ce qui vit, en est la « nourricière », « père », « mère » et « nourrice » tout à la fois."

Maria Daraki - Dionysos et Déesse Terre.

En Grèce, c'est en grande partie l'angoisse ressentie devant ces transformations qui explique le besoin d'exposer publiquement ce désarroi et qui fit naître le théâtre : Dionysos fut le dieu - ce dieu qui appartient à la première et à la deuxième forme de la mythologie grecque - en l'honneur de qui fut inventé le théâtre où le choeur parlait au nom d'une communauté désemparée.

On tenta de surmonter la contradiction entre les anciennes et les nouvelles croyances en trouvant une conciliation mystique dans les cultes initiatiques où les anciennes divinités Déméter (Da Mater) et Dionysos retrouvèrent leur ancienne importance, mais transposée sur un plan mystique : les initiations d'Eleusis, où les croyances anciennes inspiraient les rituels des mystères.

Dans d'autres régions, le passage d'une conception religieuse à une autre se fit dans le sang et la cruauté : la Bible relate les guerres sanglantes livrées par les Hébreux contre les peuples qui avaient conservé les cultes dédiés à une divinité féminine. En Grèce, ce passage douloureux se fit avec le consentement du peuple parce qu'il était lié aux nouvelles institutions - celles de la Cité - avec lesquelles, après plusieurs années de guerres civiles, il était profondément en accord.

Un profond changement dans le mode de pensée accompagna la formation des Cités : la pensée magique de l'ancienne mythologie subsista dans les rituels du culte de Dionysios; la Grèce des Cités, avec la démocratie, inventa la Raison.

Si ces informations vous intéressent, lisez Dionysos et la Déesse Terre par Maria Daraki. Collection Champs FLAMMARION

 

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