MYTHES, LITTERATURE ET SOCIETE

 

 

 

LE MYTHE D'ICARE

 

TEXTE 4

 

VICTOR HUGO 1802-1885

Victor Hugo : vie et oeuvres (La notice biographique de Victor Hugo sera dans la partie du site : Littérature et Histoire des mentalités 19e siècle)

La date d'achèvement du poème indiquée par Victor Hugo est le 9 avril 1859.
La première publication : 26 septembre 1859

Les passages reproduits ici ont été extraits de la LEGENDE DES SIECLES Livre XIV 2

seconde partie d'un long poème VINGTIEME SIECLE dont
la première partie - PLEINE MER - est consacrée à la conquête de l'océan;
la seconde partie, - PLEIN CIEL - à celle du ciel.
C'est l'avant-dernier poème de LA LEGENDE DES SIECLES Première série : HISTOIRE - LES PETITES EPOPEES.

 

   

Attention : le texte est trop long pour pour servir de support à une épreuve de type Baccalauréat : nous avons reproduit ce qui nous semblait indispensable pour qu'un extrait plus court puisse avoir du sens. Nous vous conseillons d'étudier l'ensemble des extraits reproduits et de vous limiter pour le passage présenté sur la liste de l'oral de l'épreuve anticipée de français aux vers 477-508. Vous avez parfaitement le droit, à l'oral de faire allusion au contexte dans lequel l'extrait présenté était inséré, tout en centrant évidemment votre commentaire sur l'extrait sélectionné.

 

 

 

 
PLEIN CIEL

 

Qu'est-ce que ce navire impossible ? C'est l'homme.
C'est la grande révolte obéissante à Dieu !
La sainte fausse clef du fatal gouffre bleu !
C'est Isis qui déchire éperdument son voile
C'est du métal, du bois, du chanvre et de la toile,
C'est de la pesanteur délivrée, et volant;
C'est la force alliée à l'homme étincelant,
Fière, arrachant l'argile à sa chaîne éternelle;
C'est la matière, heureuse, altière, ayant en elle
De l'ouragan humain, et planant à travers
L'immense étonnement des cieux enfin ouverts !

(...)

Où donc s'arrêtera l'homme séditieux ?
L'espace voit, d'un oeil par moment soucieux,
L'empreinte du talon de l'homme dans les nues;
Il tient l'extrémité des choses inconnues;
Il épouse l'abîme à son argile uni;
Le voilà maintenant marcheur de l'infini.
Où s'arrêtera-t-il, le puissant réfractaire ?
Jusqu'à quelle distance ira-t-il de la terre ?
Jusqu'à quelle distance ira-t-il du destin ?
L'âpre Fatalité se perd dans le lointain;
Toute l'antique histoire affreuse et déformée
Sur l'horizon nouveau fuit comme une fumée.
Les temps sont venus. L'homme a pris possession
De l'air, comme du flot la grèbe et l'alcyon.
Devant nos rêves fiers, devant nos utopies
Ayant des yeux croyants et des ailes impies,
Devant tous nos efforts pensifs et haletants,
L'obscurité sans fond fermait ses deux battants;
Le vrai champ enfin s'offre aux puissantes algèbres;
L'homme vainqueur, tirant le verrou des ténèbres,
Dédaigne l'Océan, le vieil infini mort.
La porte noire cède et s'entrebâille. Il sort !

O profondeurs ! faut-il encor l'appeler l'homme ?

L'homme est d'abord monté sur la bête de somme;
Puis sur le chariot que portent des essieux;
Puis sur la frêle barque au mât ambitieux;
Puis, quand il a fallu vaincre l'écueil, la lame,
L'onde et l'ouragan, l'homme est monté sur la flamme;
A présent l'immortel aspire à l'éternel;
Il montait sur la mer, il monte sur le ciel.
L'homme force le sphinx à lui tenir la lampe.
Jeune, il jette le sac du vieil Adam qui rampe,
Et part, et risque aux cieux, qu'éclaire son flambeau,
Un pas semblable à ceux qu'on fait dans le tombeau;
Et peut-être voici qu'enfin la traversée
Effrayante, d'un astre à l'autre, est commencée !

*

Stupeur ! se pourrait il que l'homme s'élançât ?
O nuit ! se pourrait-il que l'homme, ancien forçat,
Que l'esprit humain, vieux reptile,
Devint ange, et, brisant le carcan qui le mord,
Fût soudain de plain-pied avec les cieux ? La mort
Va donc devenir inutile !

Oh ! franchir l'éther ! songe épouvantable et beau !
Doubler le promontoire énorme du tombeau !
Qui sait ? Toute aile est magnanime :
L'homme est ailé. Peut-être, ô merveilleux retour !
Un Christophe Colomb de l'ombre, quelque jour,
Un Gama du cap de l'abîme,

Un Jason de l'azur, depuis longtemps parti,
De la terre oublié, par le ciel englouti,
Tout à coup, sur l'humaine rive
Reparaîtra, monté sur cet alérion,
Et, montrant Sirius, Allioth, Orion,
Tout pâle, dira : J'en arrive !

(...)

Où va-t-il, ce navire ? Il va, de jour vêtu,
A l'avenir divin et pur, à la vertu,
A la science qu'on voit luire,
A la mort des fléaux, à l'oubli généreux,
A l'abondance, au calme, au rire, à l'homme heureux;
Il va, ce glorieux navire,

Au droit, à la raison, à la fraternité,
A la religieuse et sainte vérité
Sans impostures et sans voiles,
A l'amour, sur les cœurs serrant son doux lien,
Au juste, au grand, au bon, au beau... Vous voyez bien
Qu'en effet il monte aux étoiles !

Il porte l'homme à l'homme et l'esprit à l'esprit.
Il civilise, ô gloire ! Il ruine, il flétrit
Tout l'affreux passé qui s'effare;
Il abolit la loi de fer, la loi de sang,
Les glaives, les carcans, l'esclavage, en passant
Dans les cieux comme une fanfare.

Il ramène au vrai ceux que le faux repoussa;
Il fait briller la foi dans l'œil de Spinoza
Et l'espoir sur le front de Hobbe;
Il plane, rassurant, réchauffant, épanchant
Sur ce qui fut lugubre et ce qui fut méchant
Toute la clémence de l'aube.

Les vieux champs de bataille étaient là dans la nuit;
Il passe, et maintenant voilà le jour qui luit
Sur ces grands charniers de l'histoire
Où les siècles, penchant leur oeil triste et profond,
Venaient regarder l'ombre effroyable que font
Les deux ailes de la victoire.

(...)

Nef magique et suprême ! elle a, rien qu'en marchant,
Changé le cri terrestre en pur et joyeux chant,
Rajeuni les races flétries,
Etabli l'ordre vrai, montré le chemin sûr,
Dieu juste ! et fait entrer dans l'homme tant d'azur
Qu'elle a supprimé les patries !

Faisant à l'homme avec le ciel une cité,
Une pensée avec toute l'immensité,
Elle abolit les vieilles règles;
Elle abaisse les monts, elle annule les tours;
Splendide, elle introduit les peuples, marcheurs lourds,
Dans la communion des aigles.

Elle a cette divine et chaste fonction
De composer là-haut l'unique nation,
A la fois dernière et première,
De promener l'essor dans le rayonnement,
Et de faire planer, ivre de firmament,
La liberté dans la lumière.

   
   
   

 

 

Préparation

1 - Lisez le texte une première fois en consultant le lexique placé à gauche du texte chaque fois que vous rencontrerez un terme marqué par un astérisque. Puis lisez le texte à voix haute, avec une intonation qui traduise le passage progressif du texte à une exaltation lyrique.uis lisez le texte à voix haute, en notant éventuellement ce que vous n'avez pas compris

2 - Quelles sont les étapes des progrès évoqués du vers 478 au vers 490 ? (à dater si possible)
3 - Expliquez le "donc" dans l'affirmation : "La mort va donc devenir inutile ! "
4 - Pourquoi l'auteur affirme-t-il "l'homme est ailé" ?
5 - Qui était Christophe Colomb ? Vasco de Gama ? Pourquoi Victor Hugo les évoque-t-il ici ?
6 - Cherchez dans un dictionnaire le sens de alérion, puis dites ce que désigne ce mot dans le texte.
7 - Relevez quelques effets de sens produits par la prosodie et / ou par les jeux de sonorités.
8 -
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Questions
Quand vous connaîtrez bien le texte de Victor Hugo, répondez de façon ordonnée aux deux questions suivantes : 1 - Cherchez quelles sont les oppositions sémantiques qui structurent l'ensemble des extraits cités; formulez celles qui vous semblent les plus importantes en relevant les fragments qui appuient votre analyse.
2 - Le progrès humain se fait il, selon l'auteur, avec l'accord de Dieu ou dans un esprit de rébellion contre Lui ?
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